Albanie

Du 1er au 13 avril 2010 

 

La station essence était bien abandonnée, pas de réveil matinal à 5 ou 6 heures…

Nous prenons la route qui doit nous conduire à notre première grande ville albanaise : Shkodër (Shkodra) . Enfin, quand on parle de « route », c’est façon de dire car il y a, sur 60 km, beaucoup de trous et d’ornières dans bien peu de goudron ou bien un peu de goudron autour des nombreux trous. Nous passons rarement la 4° et encore moins la 5°. Les panneaux indicateurs sont quasiment inexistants, les noms à l’entrée des villes et villages que nous traversons sont le plus souvent absents à tel point que nous traversons Shkodër (du moins un quartier) sans nous en rendre compte. Heureusement que Jean-Jack aperçoit la forteresse de Rozafa et un panneau indiquant cette ville derrière nous ! Nous faisons demi-tour. Nous voulons changer de l’argent (il n’y avait pas de DAB -distributeur automatique de billets- à la frontière) et visiter cette ville de 120 000 habitants. On trouve de nombreuses banques et une dizaine de DAB dans la grande rue piétonne.

Nous parcourons cette rue piétonne très commerçante bien sûr, y trouvons un cybercafé (100 Lek l’heure soit environ 70 centimes d’euro – 1 € égale environ 130 Lek ), nous nous promenons dans les rues entre la mosquée, la cathédrale et l’église orthodoxe. Hors cette rue piétonne, les petits commerçants sont nombreux, on trouve autant de vendeurs à la sauvette avec quelques salades, quelques boissons ou des paquets de cigarettes, que des petits commerçants dans des boutiques ou simplement dans des garages dont on a ouvert la porte -produits laitiers, légumes, boucheries, vêtements, fleurs artificielles, petites supérettes. Nous nous offrons même 2 bons gâteaux pour 0,50 euro les 2 ! Mais, également, toujours beaucoup de déchets jetés au bord des trottoirs, dans le moindre trou : il est vrai que nous ne voyons pas ou très peu de poubelles.

A un moment, nous sommes au bord du trottoir cherchant sur notre guide où se trouve le musée « d’histoire de la maison ». Une dame en vélo s’arrête et, en Anglais, nous rose son aide. Nous suivons ses indications et trouvons ce musée : le portail est ouvert, nous rentrons dans la cour mais ne trouvons pas de gardien. Le musée est installé dans une maison typique du XVIII°, une « gjyle« , maison dont le jardin est entouré d’un haut mur de pierre (des galets ici) avec un grand portail en bois.

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Nous montons ensuite jusqu’à la citadelle de Rozafa bien haut perchée. On se promène dans les fortifications, les restes de bâtiments (dont l’église transformée ensuite en mosquée, la capitainerie qui abrite aujourd’hui le bar -restaurant,…). On admire surtout le point de vue : de tous côtés, on voit merveilleusement bien la ville de Shkodër, le fleuve Drin, le lac, les collines alentour.

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Puis, après avoir bien réfléchi pour savoir quelle route prendre pour aller vers Pukë car il n’y a pas de panneau à la sortie de la ville, nous partons par une belle route bien goudronnée où nous allons enfin trouver de nombreux panneaux indicateurs. Et, bien sûr, puisque nous sommes dans les Alpes dites albanaises, la route monte, monte… Nous nous arrêtons dans l’après-midi, une trentaine de kilomètres plus loin, Shkodër, en pleine nature après avoir parcouru sur une centaine de mètres un chemin forestier. Enfin, un bivouac comme nous l’aimons ! Le chemin doit conduire vers une maison car 2 voitures passent et, à chaque fois, ce sont coups de klaxon et bonjour de la main. En soirée, un berger avec un joli troupeau d’une centaine de chèvres s’arrêtera près de notre camion, il nous serre la main mais malheureusement, il ne parle que Albanais et nous, pas du tout ! Inutile de dire que la nuit fut particulièrement calme !

Au matin, en route vers Kukës. Toujours dans les Alpes albanaises, la route est assez bonne avec quelques rares passages très mauvais et quelques trous en particulier lorsqu’on traverse les villages. Bien sûr, elle tourne, vire, monte, descend sur les flancs des montagnes. Les versants sont d’abord assez arides puis avec des pins dévorés par des chenilles processionnaires dont les nids ornent les arbres qui ont encore leurs aiguilles (ça nous rappelle un peu chez nous) et quelques feuillus. Les paysages sont grandioses avec des sommets enneigés pas très loin de nous. En bas, dans la vallée coule le Drin, principal fleuve d’Albanie de 285 km de long.

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Nous nous arrêtons à Puke pour faire quelques courses (0,30€ pour 4 petits pains, 4 € pour 4 grosses saucisses). On se trouve un petit coin tranquille et sympa pour manger et faire la sieste puis nous repartons vers Kukës. On s’arrête au bord de la route pour faire le plein d’eau à un endroit où une source est captée. D’ailleurs sur cette route, nous verrons plusieurs endroits possibles (toujours captage de sources) pour faire le plein. Il y a des flancs de montagne couverts de forsythias en fleurs, exprès pour Jean-Jack qui les aime bien, puis quelques bruyères également en fleurs et quelques rares primevères. Ce n’est que vers Kurkës que l’on commence à voir des près verts. C’est d’ailleurs sur l’un d’eux que nous nous arrêtons pour notre bivouac. Nous demandons à 2 personnes qui passent là si on pouvait rester pour la nuit. Encore une fois, discussion un peu difficile car ils ne parlaient que Albanais (et nous, on n’avait toujours pas appris) mais finalement, avec forces gestes, ils comprirent et nous adressèrent le traditionnel « ska problem !  » (pas de problème).

Après une bonne nuit et une non moins bonne douche, nous voilà partis jusqu’à Kukës. Impossible de trouver le centre ville et la direction de Peshkopi (pas de panneaux). Plusieurs personnes essaient de nous renseigner puis l’une d’elles nous propose de la suivre avec sa voiture : elle nous accompagne ainsi jusqu’à une rue commerçante et nous indique la route qu’il faudra suivre ensuite. Nous voulons faire quelques courses et avoir une connexion internet. Dans cette rue, il y a essentiellement des salles de billards et des bars, dans une autre toujours des bars et plusieurs banques, une autre semble être celle des quincaillers. Nous ne trouvons pas de boulangerie mais un cybercafé (80 Lek l’heure soit 64 cents d’euro).

Départ vers Peshkopi par une « route secondaire » (jaune sur la carte). Nous avons environ 75 km à faire et nous savons qu’en fait il s’agit d’une piste : le goudronnage se fait petit à petit, il y a désormais environ 5 km de goudronnés (large voie) et des travaux de terrassement en train à plusieurs endroits. Sinon, c’est une piste de montagne sans goudron, avec des trous, des bosses, des ornières, des torrents qui traversent (à 2 endroits, sur la partie goudronnée, il y a un torrent : le goudron s’arrête un mètre avant et recommence un mètre après…). Heureusement, il n’y a pratiquement pas de circulation, on peut donc occuper tout la « chaussée ». A un moment, nous voyons un Albanais avec sa grosse Mercedes (voiture de prédilection ici, plus de la moitié des voitures et des fourgons sont des Mercedes) au milieu de la piste avec son cric. Nous pensons qu’il a crevé mais non, il est embourbé et essaie de mettre des cailloux sous sa roue. Nous l’aidons mais peine perdue, le cric s’enfonce, glisse et la voiture ne bouge pas. Finalement, nous le sortons de là en la tirant à l’aide d’une sangle.

Un peu plus loin, nous voyons un homme au bord de la route avec son baluchon : on le prend à bord (c’est souvent qu’on voit des personnes au milieu de nulle part au bord de la route, marchant, assises, faisant signe pour qu’on les prenne). Bien sûr, il ne parle qu’Albanais et nous… Mais en utilisant la carte, il nous montre où il va (et où nous allons) et nous nous rendons compte que nous ne sommes plus depuis un moment sur la piste-route jaune mais sur une blanche (« route locale »), c’est-à-dire la dernière catégorie ! On comprend mieux l’état vraiment catastrophique de cette piste que nous parcourons (et continuerons à parcourir car nous ne sommes pas encore arrivés) presque toujours en 1°, rarement en seconde ! Pourtant, on avait souvent demandé notre chemin (« tout droit » nous répondaient-ils invariablement) : il est vrai que cette piste conduit bien à Peshkopi ; nous ne voyons vraiment pas où nous avons pu rater la route jaune. Notre camion « Yves » s’est brillamment comporté sur ces horribles pistes, cela aura au moins été l’occasion de le tester un peu.

Les paysages sur cette partie de l’Albanie sont magnifiques : prés, cultures, hameaux,… Les mules et mulets sont encore beaucoup utilisés, ils servent à transporter du bois, des paniers de fumier, des personnes mais aussi pour labourer les champs. Les maisons dispersées ou regroupées en petits villages sont nombreuses, certaines abandonnées du fait certainement d’un exode vers les villes dans l’espoir de trouver une vie plus agréable, plus facile. Tout ceci est magnifique ou intéressant mais nous ne sommes pas persuadés que cela en vaut la peine. En effet, très rapidement, notre attention (autant du conducteur que du passager) se concentre sur la route (quel trou moins profond choisir, quelle ornière moins importante prendre, de quelle façon passer le gué, …) et de moins en moins sur le paysage. Nous sommes peu à peu plus attentifs aux vibrations du camion, aux bruits, et de moins en moins à la beauté des paysages. Ajoutons à cela la poussière qui s’infiltre partout…

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Nous laissons notre passager à Vasije et continuons notre route jusqu’à Vlashe où nous trouvons enfin un endroit à peu près plat pour poser nos 6 roues pour la nuit, juste derrière un monument à des soldats inconnus pour nous. Au final, nous aurons parcouru 72 km pour une conduite de 4 h 1/2 soit exactement 16 km/h. Le record d’hier a bien été battu ! De notre bivouac isolé, on voit sur les versants des montagnes alentour bien des lumières briller.

Nous démarrons tôt ce matin, à 6 h 45, car le ciel menace et nous préférons finir la piste tant qu’elle est sèche plutôt que boueuse. La pluie commencera à tomber vers 9 heures puis toute la journée, par intermittence. On continue donc notre « local road » qui finit tout de même par être asphaltée sur 5 ou 6 kilomètres et qui rejoint la route qu’on aurait dû prendre. Tout autour, les collines sont aménagées en terrasses enherbées. De petits troupeaux de moutons (parfois moins d’une dizaine de bêtes) se trouvent dans les prés en bordure de route avec un ou deux bergers. On s’arrête à Peshkopi pour faire quelques courses dans les petits commerces du centre ville : un gros pain, 4 gâteaux et 4 meringues, 500 g de tomates et 300 g de fromage pour 3,60 euros et on part vers la frontière macédonienne.

Nous avons, en quittant l’Albanie une taxe à régler : normalement, on aurait dû nous donner un papier à la frontière indiquant la date d’entrée mais on n’avait rien. Le douanier nous indique que c’est 2 euros pour une voiture et 4 euros par jour pour un fourgon. On discute un peu, en Anglais et il nous laisse passer pour seulement 2 euros. Il est vrai qu’il n’avait pas trop le temps car il était en train de faire une partie d’échec avec son collègue. Pas de reçu…

Nous voici donc en Macédoine pour 2 ou 3 jours. Encore une dizaine de km avec une route en mauvais état puis elle s’améliore sensiblement ; il y a beaucoup plus d’arbres et on est dans une région beaucoup plus « humanisée » : goudron, barrières, activité humaine, … Malgré la présence de grands containers, il y a des centaines de bouteilles qui flottent à la surface de la rivière Crn Drim et des tonnes de sacs plastiques accrochés aux arbres ou de détritus contre les troncs le long de la rivière Radika que nous suivons. Les aires de pique-nique sont nombreuses dans cette vallée et quelques unes disposent même d’un point d’eau (captage de source). Nous nous arrêtons à l’une d’elles à midi et en profitons pour faire un grand nettoyage de notre camion qui, après la journée précédente dans la poussière des pistes en avait bien besoin, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

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Nous faisons le tour du lac Marvrosko pour trouver enfin un endroit sympathique et calme, en bordure de route (mais trafic insignifiant) pour passer la nuit. Il fait froid (juste 5,5° vers 18 heures et le thermomètre descendra à 0,4 dans la nuit !). Devant le fourgon et dans le champ à côté, il y a encore de la neige : nous sommes à près de 2 000 mètres d’altitude. Nuit très tranquille, au matin, 2 personnes viennent promener leurs 4 chiens, la dame est française. Vers 10 heures, il fait toujours très frisquet, moins de 5°.

Nous finissons le tour du lac et en route pour Skopje. Une trentaine de kilomètres avant d’y arriver, nous prenons l’autoroute, seule façon d’y parvenir d’après notre carte. Notre GPS ne dispose par de carte détaillée de la Macédoine (ni de l’Albanie d’ailleurs). Le soir lorsque nous lui demanderons la route Skopje-Tirana (il connait ces 2 noms), il nous indiquera un trajet de près de 800 km passant par Sarajevo ! On le range gentiment dans notre coffre et, pour l’instant, nous ne le sortirons que pour connaître notre position GPS. L’autoroute est payante mais si peu (160 denars, soit environ 2,5 €) : bien sûr, nous n’avons pas de monnaie macédonienne (le Denar qui vaut environ 0,0146 €) : on donne 5 € et on nous rend la monnaie en Denars. La circulation est à peu près tranquille sur les routes mais dense et « explosive » en ville : il y en a qui foncent, d’autres qui s’arrêtent, d’autres non… Beaucoup de piétons également et, comme en Albanie beaucoup de minibus.

Difficile évidemment de garer notre fourgon mais on trouve finalement un grand parking payant (40 denars pour 2 heures soit 0,7 €). En passant, nous avons repéré le « grand bazar ». Il y a le coin des chaussures, celui de la quincaillerie, celui des fruits et légumes, des petits marchés, … Par contre, on trouve pas de boulangerie mais on peut acheter du pain dans une petite supérette. Total des achats (pain, fruits, légumes) : moins de 3 euros ! On récupère le camion et on se dirige vers la citadelle : on se gare en bas mais apparemment, pas du côté de l’entrée. Nous faisons un tour à pied et, comme il se fait tard, nous reprenons la route.

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Jean-Jack se gare devant le portail de l’entrée secondaire de l’immense bâtiment de l’ambassade des USA pour consulter la carte. Au bout de 2 minutes, bien sûr, nous avons la visite d’un garde alors qu’un autre apparait à l’entrée principale et un autre encore à la 3° entrée ! Morts de rire ! On les laisse à leur parano et on se dirige vers Veles. Nous nous arrêtons avant cette ville sur une aire un peu en retrait de la route, une « aire-poubelle » : il y a bien 2 grands containers mais il doit y avoir 100 fois plus de saletés à côté et dans les champs aux alentour, sans compter les gros détritus qui de toute façon ne rentreraient pas dans ces containers. C’est vraiment fou le nombre de sacs poubelles qui trainent partout (moins qu’en Albanie certes mais ce n’est pas loin !).

Le lendemain, à part quelques courses à Veles sur un petit marché puis une superette, on fait de la route. On passe Prilep en traversant, le long de la nationale, des bidonvilles puis Bitola et on se dirige finalement vers le lac Prespansko. La route est « moyenne », pas trop mauvaise. Et toujours, le long des routes ainsi que dans les bois dès qu’il y a un chemin d’accès, nous voyons de nombreux déchets. A certains endroits, on voit pourtant des décharges « organisées », officielles. Les containers à poubelles existent bien, en particulier dans les villes, sur de nombreux parkings mais cela ne doit pas être très ancien.

Plus on avance, plus les terres cultivées sont nombreuses : des pêchers, des pommiers, de la vigne. Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas vu une telle agriculture de « production ». Au bord du lac Prespansko, entre Carev Drov et Gollomboç, nous trouvons un endroit super et on décide de s’octroyer une journée de vacances : jeudi 8 avril, pas de route, promenade, bricolage et rangement, sieste, … Devant nous, le lac, non loin, des sommets enneigés, tout autour, des amandiers en fleurs (les amandiers sauvages ont-ils des épines ?)

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Après cette agréable journée de « vacance », nous voulons rejoindre Ohrid et nous prenons donc la route qui finit de longer ce lac puis qui rejoint le lac d’Ohrid avant d’arriver à cette ville. La route est interdite du 15 novembre au 31 mars. Tout va bien, nous sommes le 9 avril ! Nous montons, montons avec une vue superbe sur la région et, en particulier sur le lac que nous venons de quitter. Aucune circulation sur cette route, seulement une dizaine de chevaux en liberté. On voit apparaître un peu de neige au bord puis, brusquement, la route elle-même est, sur quelques mètres remplie de neige. Nous n’essayons pas de passer car nous ne sommes pas encore au sommet et nous sommes sur l’adret : comment sera-ce à l’ubac ? Demi-tour donc et nous prenons l’autre route pour arriver à Ohrid.

A l’entrée de la ville, on aperçoit un cimetière avec un grand parking : nous nous y installons pour manger et en profitons pour faire le plein d’eau grâce au robinet placé à l’entrée du cimetière. En plein centre ville, près du port, nous trouvons de la place au parking et nous faisons à pied l’ascension jusqu’à la citadelle (forteresse de Samuel) : les remparts ont été rénovés et l’intérieur est en cours de rénovation également. Le point de vue sur le lac d’Ohrid et sur la ville est admirable. L’entrée est à 30 denars par personne, à peine 0,50 € ! Nous descendons ensuite jusqu’à l’église Sainte Sophie. Intéressante construction en pierre et briques dessinant ainsi des motifs sur les murs. A part la zone piétonne avec ses boutiques habituelles qui grouille de monde, le reste de la ville est très calme et agréable.

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En Macédoine, la plupart des panneaux sont en alphabet latin et cyrillique par contre les panneaux publicitaires ou les magasins ne sont écrits qu’en cyrillique. On commence peu à peu à apprendre à déchiffrer mais ce n’est pas évident ! De même qu’en Croatie, nous voyons beaucoup de 4L et Jean-Jack qui en a possédé une pendant un peu plus de 20 ans, les retrouve presque avec émotion. Dans la région autour des lacs que nous venons de traverser, région riche en pommiers, nous avons vu beaucoup de maisons neuves fermées. Sont-ce des résidences secondaires ? Nous prenons la route de l’Albanie mais nous arrivons trop vite à la frontière ans avoir eu le temps de dépenser nos derniers denars. Heureusement quelques mètres avant la frontière, nous voyons un petit chemin qui s’enfonce dans les terres, nous le prenons et nous arrêtons un peu plus loin dans un pré, à côté d’un étang. Dès la tombée de la nuit et jusqu’au lever du jour, les grenouilles (ou crapauds) nous offriront un concert assourdissant qui ne nous empêchera pas de dormir ! Demain, nous reviendrons un peu vers la Macédoine pour faire quelques achats.

Nous repartons donc vers Struga, la plus grande ville proche de la frontière, à une douzaine de kilomètres. En suivant le mouvement des habitants de la ville, nous trouvons sans peine un grand marché couvert : les marchands, principalement de fruits et légumes mais aussi de fromages, d’œufs, de bric à brac y sont très nombreux, les clients également. Nous achetons fruits, légumes, fromage, saucisses et pains. Et nous voici de nouveau à la frontière que nous franchissons sans difficulté. Cette fois, le douanier albanais nous tamponne nos passeports et nous donne un papier de passage à la frontière (normalement, on doit en sortant d’Albanie acquitter une taxe de séjour en fonction du nombre de jours passés dans le pays).

Du côté albanais, nous retrouvons les « champignons » : ce sont des anciennes casemates datant du temps de « l’enfermement » du pays dont seul le dôme du toit bétonné dépasse du sol.

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La route est belle, les bords de route un peu moins (toujours sacs et déchets qui jonchent les bas côtés, les bords des rivières) mais guère pire qu’en Macédoine où nous avons vu de nombreux containers et des camions poubelles effectuant le ramassage mais cela semble inexistant en Albanie. Des champs sont cultivés « en grand » : céréales, prés, arbres fruitiers. Très souvent, des animaux, soit attachés, soit sous la garde d’une personne paissent tranquillement au bord de la route : vaches, ânes, moutons, chèvres. Nous voyons encore de nombreuses jolies maisons neuves, grandes fermées. D’autres en sont encore au stade de construction mais pour beaucoup, on dirait que la construction s’est arrêtée en chemin. Pas trace de matériaux, ni d’ouvriers. La construction est simple : une dalle, des piliers de béton armé à la verticale puis un ou deux planchers. Ensuite, entre les piliers viennent les murs en briquettes rouges. Parfois, seuls les piliers et les planchers sont terminés, à d’autres moments le rez-de-chaussée est fini et souvent habité, ou encore le 2°niveau est achevé mais pas la toiture. Sur ces constructions flotte souvent un drapeau albanais. Des pots de plantes ornent fréquemment les fenêtres même lorsque l’étage n’est pas terminé.

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Nous passons à un endroit où les flancs de collines sont presque roses grâce aux arbres de Judée en train de fleurir.

A Elbasan, nous trouvons une connexion WiFi au centre ville et nous en profitons pour mettre à jour le site. Nous allons ensuite visiter la vieille ville : remparts de la forteresse, tour de l’horloge, hammam transformé en restaurant de luxe, ruelles étroites et empierrées en mauvais état alors qu’à côté se trouve un immense rond-point avec une non moins immense fontaine qui semble toute neuve. Certaines habitantes d’Elbasan et d’Albanie n’hésitent pas à braver pavés, cailloux et ornières leurs talons hauts ! Les immeubles s’ornent de nombreuses paraboles et de citernes d’eau…

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Alors que nous avons eu du soleil et de la chaleur toute la journée, le ciel s’obscurcit dans l’après-midi et c’est sous un violent orage que nous prenons la route de Lushnjë et de Fier : difficile de trouver un lieu de bivouac. On décide donc de demander asile à un des nombreux hôtels-restaurants-station service qui jalonnent la route. Le premier refuse car nous ne dormons pas dans l’hôtel, le 2° accepte ; il faut dire que le restaurant et l’hôtel sont fermés en cette saison.

Nous sommes le dimanche 11 avril et c’est notre premier mois de voyage ! C’est aussi le premier matin où nous sentons la chaleur du soleil dans le camion. Nous allons au monastère orthodoxe d’Ardenica, connu aussi sous le nom de château de Myzeque, à côté de la ville de Kolonjë. Nous aurions volontiers pris quelques photos de l’intérieur, en particulier de sa chaire très originale mais, comme en beaucoup d’autres endroits de ce type, c’est interdit. Il faudra nous contenter de l’extérieur qui, en dehors de son clocher blanchâtre, est bien agréable à l’œil. Agréable aussi le point de vue sur la plaine avec tous ses petits rectangles de champs cultivés et ses collines en terrasse sans murets. On se pose des questions sur les différences entre religions orthodoxe et catholique puisque nous voyons ici de nombreuses icônes du Christ, de la vierge, … Claude, on compte sur toi pour la réponse : mets un petit commentaire en bas de page pour en faire profiter tout le monde…

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C’est à ce monastère que nous verrons notre premier mariage de la journée avec presque toujours le même « cérémonial » : dans le cortège des voitures richement décorées, la voiture des mariés est précédée d’une voiture avec un caméraman qui dépasse du toit ouvrant ou de la fenêtre pour filmer le cortège. Nous verrons ainsi plusieurs mariages : le dimanche doit être le bon jour !

En parlant des voitures, nous avons remarqué, surtout dans le nord de l’Albanie, de nombreuses voitures avec des plaques étrangères (I, CH, GB, D) et, apparemment, des conducteurs qui avaient plus l’air Albanais que Italiens, Suisses, … Un achat important de voitures d’occasion à l’étranger, une non-obligation de changer les plaques ?

Plus particulièrement dans cette région mais un peu partout en Albanie, nous avons remarqué des réservoirs sur le toit des maisons. Quelle est leur utilité exacte ? Mystère !

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Nous prenons enfin la direction d’Apollonia qui se trouve juste à côté de la ville de Fier. On demande à plusieurs reprises et, bien sûr, comme d’habitude, on nous répond que c’est toujours tout « drê » (on a fini par traduire par « tout droit », « c’est direct » ). Nous ne voyons pas les panneaux qui indiquent le site (et oui, il y a même des panneaux routiers en Albanie et en particulier dans cette région, contrairement au nord). A l’entrée du site, le guichetier nous laisse le choix : soit on prend les billets d’entrée (600 Lek, 5 € pour 2), soit on achète le livre en Français sur Apollonia (1 000 Lek, 8 €) ! Nous choisissons le livre avec ses magnifiques photos en couleur. Le site est très grand (84 hectares, plus de 4 km de rempart à l’origine). La cité d’Apollonia a été fondée par des colons grecs vers 600 Av JC et a été occupée pendant une douzaine de siècles avant d’être peu à peu abandonnée. A part les orthodoxes qui y ont construit un monastère au XII° siècle et qui se sont servis abondamment dans les ruines de la cité grecque, Apollonia ne fut jamais urbanisée après son abandon. Plusieurs missions archéologiques s’y sont succédées pour tenter de mettre à jour les diverses constructions (un archéologue français y a longuement travaillé et y a fait construire une maison maintenant transformée en restaurant) mais les restes archéologiques ne sont pas complètement mis en valeur, les pancartes ne sont pas très nombreuses pour donner quelques explications et, comme à beaucoup d’endroits, on trouve des déchets par-ci, par-là. De magnifiques oliviers poussent dans le site.

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Nous reprenons la route de Fier. Dans les villages, les maisons sont bien protégées par de hauts murs de clôture : elles sont entourées d’un jardinet très bien entretenu avec, souvent, quelques vignes installées en treilles. Nous retrouvons notre paysage « classique » méditerranéen : oliviers, vignes, orangers ou mandariniers, … Souvent, dans les prés, nous voyons des personnes qui fauchent à la faux ; l’herbe coupée est ensuite chargée sur une petite charrette tirée le plus souvent par un âne. Il est d’ailleurs fréquent de voir ce type d’attelage transportant toutes sortes de produits ou des personnes. Parfois, c’est un motoculteur qui a remplacé l’âne !

Arrêt au restaurant vers 14 heures à la sortie de Fier. Nous ne trouvons qu’un restaurant italien, tant pis, il se fait tard et nous avons faim. Bien sûr, les serveurs ne parlent qu’Albanais. Un client se propose de nous servir d’interprète car il parle aussi italien. En plus, il nous offre une carafe d’un très bon vin blanc ! Nous prenons une salade, un beefsteak et 2 assiettes de spaghettis à la bolognaise. Le steak, il y en avait bien pour 3 et les spaghettis, nous ne pouvons pas tout finir ! 1 400 Lek, soit environ 11 euros.

Nous prenons la route qui conduit à Berat : petite route avec de nombreuses ornières, trous, … Comme hier, après le soleil et la chaleur de la journée, nous avons droit à un magnifique orage et nous nous arrêtons à l’entrée de Berat pour le laisser passer. Nous montons ensuite à la citadelle où, apparemment, on peut stationner pour la nuit sur le parking. En fait, vraiment pas super : terrain très boueux, en pente, bref Jean-Jack ne le « sent » pas, nous irons donc ailleurs. Comme nous sommes là, nous en profitons pour visiter. Cette citadelle (« Kalaja« ) est encore habitée. Les ruelles, étroites, sont pavées et les maisons, dans l’ensemble, hormis quelques reconstructions et ravalements un peu trop « modernes » ont conservé un caractère harmonieux à l’ensemble. Les restes des murs semblent faire bon ménage avec les poules et les déchets… Sur le parking, nous rencontrons 2 couples de Bretons en camping-car, l’occasion de parler un peu français.

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Là aussi, se trouve une petite église en pierre et briques. Nous en avons vu plusieurs au cours des jours précédents (photos, de gauche à droite : Berat, Apollonia, Ohrid). Sur le parking, nous rencontrons 2 couples de Bretons en camping-car, l’occasion de parler un peu français.

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Finalement, nous trouverons un bivouac tranquille dans une station service désaffectée au bord de la route à l’entrée de Berat, route un peu passagère le soir et le matin…

Le lendemain, nous traversons à nouveau Berat présentée comme la « ville aux mille fenêtres » par notre guide, le Petit Futé « par allusion aux façades de ses maisons ». A ce compte-là, toutes les villes pourraient avoir la même appellation ! Ah ! Ces guides ! Certes, les maisons sont grises en bas (pierres) et blanches en haut (badigeon) et elles sont couvertes de tuiles sombres. L’ensemble, surtout vu du haut de la Citadelle, est fort agréable mais c’est tout…

On demande la route pour aller vers Gjirokastër. Les personnes qui nous renseignent nous la déconseillent mais nous insistons. On passe sur un petit pont, on fait quelques centaines de mètres sur un excellent goudron et, brusquement, celui-ci s’arrête pour laisser place à la piste. On a 90 km à faire : quelques instants de réflexion puis, nous faisons … demi-tour. En repassant sur le pont, à la fin de celui-ci, on voit le panneau « interdit aux plus de 3 tonnes » (ça va, il a tenu le coup). Nous reprenons donc la route vers Fier et nous ne le sommes pas trop car elle n’est pas terrible du tout. On rejoint une route plus importante (d’après la carte) mais toujours des trous, des ornières, … Nous faisons notre un vieux proverbe albanais que nous venons de créer « chaque virage peut cacher un trou » ! On traverse ainsi une région où se dressent de nombreux derricks dont certains sont encore en activité. De grands réservoirs dont un grand nombre sont tout rouillés voisinent avec des cours d’eau aux rives noircies, une forte odeur d’essence nous accompagne pendant un moment. Les habitants des petits villages de cette zone ne doivent pas être épargnés ni par l’odeur, ni par la pollution !

Nous sommes surpris de constater que, sur cette route comme sur pratiquement toutes celles d’Albanie que nous avons parcourues, il y a de très nombreuses stations services (les prix des carburants sont pratiquement les mêmes de partout) et de nombreuses aires de lavage (« lavazh« ) des véhicules. Egalement présents en abondance, outre les petits autels religieux qui parsèment les bords de route, nous voyons des monuments à la gloire des partisans de la 2° guerre mondiale.

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De plus en plus de vert dans cette région, de plus en plus de fleurs aussi avec les glycines, les iris ou les cognassiers du Japon. Nous mettrons finalement plus de 3 heures pour parcourir environ 130 km. La route nécessite beaucoup d’attention, heureusement que la circulation est fluide et nous permet souvent d’occuper toute la chaussée ou du moins la partie la moins abimée ! Après donc un temps très long, nous arrivons enfin à Gjirokastër : de nombreuses maisons ont les murs en pierre grise et les toits sont en pierre noire. Ce sont peut-être ces aspects-là, ces couleurs que cela engendre qui font dire à notre guide que la ville a une allure un peu austère. Ce qui est vrai, c’est que les rues qui montent vers la Citadelle sont en pente très raide ;! Nous nous sommes garés en bas de la ville et avons grimpé presque jusqu’au pied de la forteresse mais nous n’avons pas eu le courage d’aller plus haut. Nous nous sommes contentés des rues de la vieille ville, de la vue grandiose sur la ville et sur ses toits en pierre et de la rencontre avec un professeur de Russe qui parlait aussi Français, Italien et grec.

Gjirokastër est notre dernière étape en Albanie, la Grèce n’est qu’à 30 km environ, nous voulons donc dépenser nos derniers leks. A midi, nous nous étions donc offerts encore le restaurant : cette fois, nous n’avions pas choisi un restaurant italien mais nous avons encore eu des spaghettis, à croire qu’il s’agit là d’un plat national ! Nous avons également fait le plein de gasoil car c’est moins cher qu’en Grèce et, surtout, nous avons offert un vrai lavage à notre fourgon Yves. Il n’y avait pas moins de 5 jeunes pour le bichonner à le peau de chamois sous l’œil attentif d’un chef. Pour finir, nous avons trouvé un « super Market Aldi » pour nos derniers achats albanais.

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Puis, direction la Grèce. Le passage de la frontière se passe sans problème, le douanier albanais ne nous demande que 2 euros pour la taxe et son collègue grec nous souhaite un bon voyage. Au revoir Albanija, bonjour Grèce !

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