Vers l’Ouzbékistan

Du 30 mai au 13 juin

Dimanche 30 mai

Au matin, nous allons au centre ville de Batumi pour changer de l’argent et acheter une carte de la Géorgie. En ville, chaussée et trottoirs sont complètement défoncés. Aucun problème pour changer de l’argent : il y a plusieurs banques avec des Dab et, surtout, des dizaines de petits bureaux de change qui se succèdent dans la rue principale. Par contre, nous n’arrivons pas à trouver de cartes. La seule boutique qui vend quelques livres n’en dispose pas. A une agence de tourisme, une employée qui parle anglais note sur une feuille les 5 grandes villes à traverser pour arriver à Tbilissi. D’ailleurs, cette direction est bien indiquée sur la route, nous n’aurons pas de problème pour la suivre. A part dans la ville suivante, Kobuleti, où d’importants travaux de voirie ont lieu et la chaussée inexistante, le réseau routier n’est pas trop mal.

La Géorgie que nous découvrons là, d’abord en bordure de la mer puis en direction de l’est vers la capitale, est bien plus verte que la Turquie avec beaucoup d’arbres. Sur la route, le danger vient à la fois des automobilistes qui doublent un peu n’importe comment et ne semblent pas respecter la signalisation routière, que des animaux, en particulier les vaches qui traversent la route. Chèvres naines, vaches, chevaux, cochons, poules, oies sont au bord de la route et la plupart d’entre eux sont en pleine liberté, sans attache et sans gardien.

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Les petites boutiques sont nombreuses le long de la route. Comme partout, elles sont très spécialisées : sur des kilomètres, nous avons les vendeurs de cerises puis ce sont les poteries puis enfin les fraises avant de passer aux articles de vannerie. Là aussi, le problème du ravitaillement en eau ne semble pas se poser. Des panneaux indiquent les points d’eau et nous trouvons soit une pompe, soit un robinet.

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 Avant d’arriver à Gori, nous nous arrêtons au bord d ‘une rivière pour passer la nuit. . Lorsque nous allons nous coucher, nous voyons de drôles de lueurs dans la nature : ça vole et ça envoie des flashes lumineux. Des sortes de lucioles ?

En regardant le compteur, nous nous rendons compte que nous avons dépassé les 11 000 kilomètres depuis notre départ ce qui ne fait tout de même que 130 km par jour environ.

Lundi 31 mai

Au matin, un camping-car ralentit et vient se garer près de nous. Il s’agit d’un camping-cariste du Var avec qui nous avions discuté à la frontière gréco-turque. Il revient d’Arménie. On discute un moment autour d’un café, d’après lui, la frontière au nord de Tbilissi est interdite aux étrangers. Sur son guide, nous relevons l’adresse du consulat de France à Tbilissi. Nous ne sommes plus qu’à 150 kilomètres de la capitale géorgienne donc, en route après avoir ajouté une heure à nos montres ! Le coin que nous traversons est vert mais également blanc de marguerites. Ça fait bien plaisir de voir toutes les femmes en tenue « normale » et « en cheveux » surtout avec la chaleur qu’il fait en ce moment !

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Encore une fois, le long de la route, nous avons une succession de petites boutiques ou échoppes identiques : poteries, cerises, hamacs et sièges d’enfants à suspendre, pains-gâteaux au miel en traversant un village (très bon d »ailleurs…). Notre GPS n’est pas opérationnel mais en demandant 4 ou 5 fois d’abord à des policiers puis à d’autres personnes, nous trouvons rapidement le consulat. Immeuble vétuste, petits bureaux qui auraient besoin d’une sérieuse rénovation ! Nous pouvons nous garer à l’ombre juste devant le consulat. Le consul nous reçoit et nous confirme que la route dite « des militaires » qui passe par Kazbegi (c’est celle dont on avait vu sur internet qu’elle venait d’être ré-ouverte) est réservée aux russes et aux géorgiens. Il nous déconseille vivement de passer par le bord de la mer Noire pour rejoindre Sotchi (d’après lui, cette frontière est peut-être aussi interdite). Il nous conseille d’aller voir à Poti sur la mer Noire, petit port où il devrait y avoir des ferries pour Odessa en Ukraine. Pour notre part, nous n’avons pas envie de passer par l’Azerbaïdjan puis à Bakou de traverser la mer Caspienne vers le Kazakhstan ou le Turkménistan (trop « folklorique » semble-t-il).

Nous ne voulons pas rester plus longtemps à Tbilissi, tant pis pour la visite, nous voulons traverser la mer Noire et continuer notre voyage. Nous repartons donc vers Poti, faisant ainsi la route du matin en sens inverse pour nous arrêter au même bivouac que la nuit précédente. Vers 1 heure, on frappe à la porte : des policiers en civil étonnés certainement de voir un fourgon arrêté là. Ça les fait rire de voir Jean-Jack à la fenêtre certainement pas très bien réveillé et les cheveux en bataille, ils saluent de la main et repartent. Vers 7 heures, une voiture avec deux policiers en tenue viendront jusqu’au fourgon, salueront également de la main après nous avoir vus et repartiront sans un mot.

Mardi 1° juin

Nous attaquons un nouveau mois avec l’espoir de passer cette fichue mer Noire ? Où, le 6 juin, fêterons-nous notre anniversaire de mariage : Géorgie, Turquie, Ukraine, Russie ?

En route donc vers Poti : c’est vrai que passer par Odessa en Ukraine rallongerait la traversée (et son prix certainement), nous rajouterait environ 600 km de route mais tant pis, si nous pouvons avoir un bateau, nous le prendrons ! La route est comme-ci, comme-ça avec un très mauvais passage dans une ville. Des travaux ont visiblement lieu, d’autres sont terminés depuis peut-être longtemps mais la chaussée est dans un état catastrophique d’autant plus que c’est un passage obligé pour de très nombreux camions. En tout cas, rien n’est fini. Pauvres habitants ! Toujours autant de vaches en liberté sur la route et toujours des conducteurs qui dépassent dans n’importe quelles conditions : effrayant ! Peu de cultures le long des routes, beaucoup de bâtiments (maisons, usines, immeubles) fermés ou en ruines. Beaucoup de maisons à l’aspect un peu délabré qui sont pourtant habitées : rideaux aux fenêtres, jardins entretenus et fleuris. Tout cela nous rappelle beaucoup les pays baltes visités en 2008.

A Poti, nous trouvons la compagnie maritime qui gère les départs pour Odessa : pas de problème, il y a des places, le ferry part demain matin. Quel changement avec Trabzon ! Bien sûr, c’est plus cher : 1 200 $ et la traversée sera plus longue : 40 heures environ. On apprend qu’à Batumi, à 70 km de là, il y a des bateaux qui partent pour Sotchi : on y va ! Malheureusement, il n’y a qu’un aéroglisseur qui ne prend que des passagers et le ferry qui va également à Odessa ne partira que dimanche. Donc, retour à Poti aussi vite que le permettent les vaches, les travaux dans les villes et les conducteurs fous.

Nous attendons 3/4 d’heure : les autochtones sont servis en premier, la personne à l’accueil s’absente ne laissant que la stagiaire qui parle un peu anglais mais ne sait pas comment faire pour les billets… Pas grave, au final, nous avons notre billet ! A la sortie de la ville, nous nous installons sur un parking, nuit chaude et bruyante (musique, chiens…)

 

 

2 – Croisière sur la mer Noire :
de Poti (Géorgie) à Odessa (Ukraine)

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Mercredi 2 juin

A 9 h 30, nous sommes devant le bureau de la compagnie qui n’ouvre qu’à 10 heures. De là, nous allons au port. Quelqu’un a la gentillesse de nous précéder en voiture pour nous montrer le chemin. Nous attendons une heure devant le bateau, au soleil, puis on nous y fait monter pour que nous soyons un peu à l’ombre. On laisse le camion à l’entrée du ferry car il faut attendre pour le garer que tous les camions soient montés. Vers midi, on nous enregistre et on nous donne une cabine avec une grande fenêtre donnant sur l’extérieur et une salle de bain. Changement d’heure, nous reculons les montres d’une heure car nous devons nous mettre à l’heure ukrainienne. A 13 heures, c’est le premier repas : heureusement tous sont compris dans le prix du billet. Vers 14 heures enfin, on nous demande de rejoindre le fourgon pour le garer derrière les camions. Seul le pont supérieur est occupé, 3 ou 4 voitures, une moto, des camions et quelques wagons.

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Nous ne savons pas du tout quand nous partirons et lorsque nous nous couchons le soir, nous sommes toujours à quai. Il a fait très chaud toute la journée et la nuit sera également très chaude. Nous espérons que l’air du large nous rafraichira un peu.

Jeudi 3 juin

6 h 30 : ça y est, nous partons enfin ! On devrait arriver à Odessa vers 22, 23 heures demain. Une vraie petite croisière (enfin, on espère) pour se reposer un peu. Une vraie petite croisière (enfin, on espère) pour se reposer un peu. Le petit déjeuner est consistant : pâtes, pâté de viande, tartines de beurre. Les repas de midi et du soir sont aussi très revigorants : pommes de terre, riz, haricots, pâtes mais aussi des crudités, de la viande ou du poisson. A midi, il y a une boisson très bizarre, on dirait un espèce de sirop mais ça a un goût très fumé Heureusement que les chauffeurs russe, moldave, biélorusse de notre table avaient une bouteille de cognac d’Arménie de 5 ans d’âge. Pas mal un repas au Cognac…

Une grasse matinée, une sieste, bref, une vraie croisière, 2 jours de vacances. En plus, la mer est d’huile et il ne fait plus trop chaud !

Notre fourgon est attaché sur le pont avec les autres camions…

En fin de journée, sur le pont, nous regardions la mer et avons admiré une dizaine de dauphins qui, sans problème, gagnaient de vitesse notre ferry. Il faut dire qu’il ne va pas trop vite…

Vendredi 4 juin

Et la vie continue, pépère.

Notre bivouac navigue super bien, pas une vague. Les repas sont toujours prêts à l’heure, le haut-parleur nous prévient lorsqu’ils sont prêts. C’est en ukrainien mais nous comprenons dans le discours 2 mots « restaurant » et « appétit », ça suffit ! La sieste est toujours possible. C’est vraiment super les croisières ! Alors, pourquoi ne pas prolonger une peu ? On nous avait annoncé 40 heures de traversée et, ce soir, après le repas, nous nous sommes renseignés : « on devrait arriver en milieu de journée demain ». Après un petit film dans notre cabine sur l’ordinateur, il ne reste opus qu’à aller se coucher tranquillement pour attendre notre arrivée « peut-être » pour demain…

En regardant au Nord, nous avons aperçu ce soir les côtes de la Crimée et les lumières de Yalta, la ville du « partage du monde ».

 

3 – Ukraine

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Samedi 5 juin

12 heures : nous sommes toujours à bord du MS Greifswald qui naviguait, d’après le jeune suisse qui voyage à moto et se trouve avec nous sur ce bateau, à la vitesse de 16 km/h. Mais, depuis ce main, il a accéléré sa course et est passé à 21 ! Aucune terre en vue, nous attendons l’heure du repas. Le dîner et la sieste passés, on voit enfin la terre et se dessiner les contours des habitations et des immeubles. A 17 heures, nous voilà amarrés au quai de Illitchivsk, à 25 km environ d’Odessa. Nous serons finalement restés près de 60 heures en mer, sans compter les 20 heures où, au quai de Poti, nous avons attendu le départ du bateau. A croire que le mer Noire est très grande et/ou que nous allions très doucement. Pourtant, on ne nous avait annoncé que 40 heures de traversée … Mais, en même temps, quelles vacances pour nous ! Il va nous falloir un peu de temps pour reprendre nos habitudes de rouleurs. On ne se doutait pas que la bureaucratie ukrainienne allait nous donner ce temps…

17 h donc, nous voilà à quai. Toute une flopée de personnes montent à bord, certains en costume militaire, d’autres en civil pour apparemment contrôler nos passeports. Nous sommes d’ailleurs convoqués car, apparemment (mais les explications sont rares), ils n’avaient pas fait le lien entre nous et notre fourgon ! Naturellement, les non russophones récupèrent leurs passeports en dernier (à bord, outre le motard suisse et nous, il y a également un allemand qui voyage … en trottinette). Enfin, à 19 heures, nous pouvons rejoindre Yves et descendre à terre. Nous ne sommes pas nombreux « motorisés » : nous donc, le motard, un petit fourgon et 3 voitures. Les camionneurs sont à part et les piétons également. Nous pensons donc qu’il n’y aura pas de file d’attente à la douane et que nous pourrons rejoindre rapidement Odessa. En plus, nous quittons le bateau en premier.

Premier arrêt dans la zone douanière de Illitchivsk. Il y a des douaniers en bleu, d’autres en noir, d’autres encore en beige ou en vert ainsi que des soldats en treillis et en arme. Il y a aussi nombre d’employés civils. Vague fouille du camion, on ouvre quelques cartons, on montre l’intérieur des meubles. Un douanier en noir passe beaucoup de temps à trouver l’endroit où est gravé, sur le châssis, notre numéro de série puis il prend nos passeports et carte grise et monte dans un bâtiment. Pendant ce temps (mais plus de 3/4 d’heure se sont écoulés), un autre homme en noir ramène leur passeport au motard et au petit fourgon. Nous disons au revoir au Suisse qui prend tout heureux le chemin de la sortie. 5 minutes après, nous le voyons revenir : barrière à la sortie, on l’empêche de passer car il n’a pas un document au nom imprononçable. Une heure ayant passé et voyant que tous les hommes en noir sont partis, Jean-Jack monte au bureau des passeports prendre des nouvelles. 2 hommes sont en train de papoter, les passeports attendent sagement sur leur bureau. En voyant Jean-Jack, l’un d’eux les prend et tapote sur son ordinateur. En moins de 2 minutes, il a fini et lui tend les documents dûment tamponnés ! Forts de l’expérience du jeune Suisse, nous nous renseignons auprès d’un homme en bleu, un des rares à parler un peu anglais. Il faut effectivement aller dans un autre bâtiment, à environ 400 mètres et demander ce « Document ».

Nous atterrissons dans un bureau où une dame semble ne pas savoir ce qu’il nous faut mais brusquement, peut-être que la mémoire lui revient (??), elle se souvient et nous sort d’une pile un document déjà rempli à notre nom, en 8 exemplaires, et applique vigoureusement un coup de tampon bleu sur chacun d’eux. Elle fait également des photocopies de nos passeports et de la carte grise qu’elle garde avec 2 exemplaires du « Document ». Nous en avons donc 6.

Ouf, ça y est et nous sommes d’autant plus contents que nous n’avons rien payé alors que le Suisse n’a pas eu ce « Document » mais une facture à régler à la banque qui se trouve justement au rez-de-chaussée (voyez comme les choses sont bien faites !). Nous retournons voir notre homme en bleu anglophone qui nous explique que ça ne va pas car il lui faut les photocopies de nos documents et un « truc écologie » qu’il faut faire faire au petit bâtiment à côté de l’autre.

Deuxième trajet ! La dame du bureau précédent refuse violemment de nous donner ou de nous faire les photocopies demandées et Jean-Jack essaie en vain de faire fonctionner la photocopieuse. Tant pis, on va au 3° bâtiment pour ce « truc écologie ». On s’imagine un contrôle anti-pollution ou quelque chose de ce genre mais non. Il y a là 2 jeunes très sympas dont l’un rêve d’avoir un passeport français et il feuillette les nôtres avec beaucoup d’envie. Il nous sort tout son vocabulaire français qui se résume, allez savoir pourquoi, à « Castelnaudary » et « légion étrangère » ! Ils font les photocopies de nos passeports et carte grise et nous les donnent, mettent un tampon vert sur les exemplaires du « Document » et en gardent un. Nous n’en avons plus que 5.

Retour au premier bâtiment : l’homme en bleu est satisfait, petit coup de tampon vert également sur le « Document » dont il garde un exemplaire. Il ne nous en reste plus que 4. Puis il nous dit que, dernière formalité, il faut que le « Document » soit visé par le service immigration mais, pas de problème leur bureau est juste au dessus.

Ah ! problème ! On aurait dû s’en douter ! La dame qui nous reçoit nous explique en ukrainien (mais on arrive à comprendre) que ça ne va pas car le tampon bleu qui est en bas du « Document » doit également se trouver en haut, dans un cadre spécial. Nous avons argumenté, supplié, quémandé, rien n’y fait, il nous faut retourner au 2° bâtiment.

Allez, troisième trajet ! Là, un douanier en vert, voyant notre presque désarroi, gentiment prend notre si beau « Document » et appose en haut de la page un joli tampon rouge. Il garde un exemplaire du « Document ». Nous n’en avons plus que 3. Retour à l’immigration.

Naïfs que nous sommes, bien sûr, ça ne va pas : ce n’est pas le même tampon, en plus, il est rouge alors qu’il faut qu’il soit bleu ! La dame de l’immigration se propose « gentiment » de nous accompagner pour aller voir sa copine du 1° bureau (ah ! les S…, belle mise en scène).

Quatrième trajet. Là, au lieu d’un tampon, on nous offre, comme au Suisse, une facture de 168 hryvnia (environ 21 $) à aller acquitter à la banque. A la banque, la caissière transforme les 168 en 189 (plus 2 $). On ne sait pas pourquoi et on en a marre. On abandonne la dame de l’immigration à sa copine (il faudra qu’elle revienne à pied à son bureau) et on s’en va tenter de sortir. Toujours aussi naïfs, ces petits français ! La route de sortie est barrée par une chaîne et la mégère qui s’y trouve ne doit certainement pas être très apprivoisée. « On ne passe pas sans le « Document » visé par l’immigration ». Retour à l’immigration où la « gentille » dame est revenue. Là, ça change car ce n’est plus le tampon bleu que l’on exige de nous (finalement, il n’était pas si important que ça) mais le reçu de la banque.

Cinquième trajet. Comment faire autrement, nous passons à la banque et ressortons avec notre sésame. Les « immigrations » regardent par leur fenêtre et ont, nous semble-t-il un grand sourire en nous voyant revenir. La dame veut bien nous remplir le « Document » dont elle garde un exemplaire. Il ne nous en reste plus que 2.

Enfin, nous pouvons aller jusqu’à la chaîne. A 2 mètres, il y a encore un bâtiment où nous devons remontrer nos papiers et le « Document ». L’employée écrit beaucoup puis nous remet un papier, elle garde un exemplaire du « Document » : tiens, il ne nous en reste plus qu’un ! A la sortie, la mégère toujours pas apprivoisée consulte avec beaucoup d’intérêt nos passeports. Elle commence à s’affoler car elle n’y trouve pas le tampon de la douane. Elle cherche, cherche et finalement, nous demande de l’aider : elle commence à téléphoner mais s’arrête quand nous lui montrons où se cache ce petit tampon orange. Du coup, la voilà rassurée, elle tire la chaîne et nous pouvons sortir : il est 22 h 30. Elle garde le petit papier que venait de nous remettre la dame juste à côté. Leur sinistre farce bureaucratique aura duré 3 h 30 !

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 Juste à la sortie de la zone douanière, nous voyons un parking : ça suffit pour aujourd’hui !

Dimanche 6 juin

Finalement, c’est en Ukraine que nous sommes pour notre anniversaire de mariage. Et nous sommes toujours du bon côté de la barrière de la douane ! Nous voyons Karl, l’Allemand qui était dans le bateau, à l’arrêt du bus : les piétons n’ont pas été plus gâtés que nous. Ils sont sortis trop tard pour prendre un bus, apparemment celui qu’on devait mettre à leur disposition pour rejoindre Odessa n’est jamais arrivé. Il a dû dormir dans un champ près de là. Nous prenons un café avec lui et l’emmenons à Odessa. Grâce à lui qui connait déjà la ville, nous nous garons juste au pied de « l’escalier Potemkine« . Souvenir bien sûr du film d’Eisenstein mais, plus encore des marins du cuirassé qui se révoltèrent en 1905, soutenus par la population de la ville. Même si, contrairement à l’histoire racontée dans le film, les insurgés n’ont pas été abattus dans cet escalier, celui-ci reste un monument de l’histoire du cinéma et de l’histoire de la révolution russe. Passant à Odessa, il était impensable pour nous de ne pas le voir.

Nous faisons un petit tour dans la ville, retirons des hryvnia et prenons la route en direction de la frontière russe en passant par Mykolaev et Kherson. Quelques tronçons de route en bon état mais bien trop rares sinon, cela va de médiocre à très mauvais. Peu de circulation heureusement. Entre Kherson et Melitopol, la route est quasiment droite et ne traverse aucun village. Nous nous arrêtons dans une station service pour passer la nuit sur leur parking.

Lundi 7 juin

En route vers la frontière russe via Melitopol, Berdiansk, Marioupol et Novoazivs’k où nous nous arrêterons pour la nuit, à une douzaine de kilomètres de la frontière. Fort heureusement, la route est un peu meilleure (ou moins mauvaise) aujourd’hui (ou alors, on commence à s’y habituer). Le paysage est d’abord très plat avec des immenses champs (jusqu’à l’horizon) de céréales, colza et autres cultures que nous ne reconnaissons pas. En arrivant vers la frontière, il se vallonne un peu. Cette route longe vaguement la mer que nous apercevons de temps en temps. Il n’y a plus de vaches en liberté (ou même d’ailleurs en troupeau) mais de nombreuses personnes fauchent l’herbe des talus dont ils chargent la remorque de leur voiture à une hauteur impressionnante parfois.

Les conducteurs sont assez tranquilles. Dans les villes, ils respectent les piétons, les feux, les priorités et les panneaux. Il n’y a parfois que les lignes blanches continues qui les embêtent un peu… Il y en a peu qui roulent très vite. Il y a bien de temps en temps des contrôles policiers mais on est averti avant par des appels de phare. A ces contrôles, c’est amusant de voir faire les policiers : l’un d’eux se met au milieu de la route et désigne de son bâton la voiture-victime qui n’a plus qu’à se garer rapidement. Nous y échapperons !

Sur notre route, il y a quelques grands monuments « staliniens » et les entrées de villages et de « départements » sont marqués par des stèles et autres édifices colorés et imagés.

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3/4 d’heure après notre départ, nous dépassons un cycliste visiblement en voyage vu son chargement (nombreuses sacoches devant et derrière). Nous le dépassons, nous arrêtons pour photographier ces monuments et l’attendons. Il s’agit bien d’un « grand » voyageur : Jean-Pierre, de Neuchâtel en Suisse qui se rend au Tibet sur son vélo ! Nous le dépannons en eau car il n’en a plus depuis ce matin et sur cette route sans village, sans habitation il n’a pas pu en trouver (d’ailleurs, nous n’avons vu aucune fontaine, aucun robinet le long de la route depuis notre départ d’Odessa). Il y a beaucoup de vent de face en plus. Nous lui proposons de l’aider à sortir de cette route rectiligne et monotone. Après un petit café, vélo, bagages et cycliste prennent place dans le fourgon. Nous nous arrêtons un peu plus loin à un grand marché en bordure de route : ce sont essentiellement des cerises qui sont vendues là. Certains marchands en ont plusieurs caisses, d’autres seulement quelques paniers. Il y a une bonne quarantaine d’exposants. Une vieille dame vend également quelques plats cuisinés dont des beignets. On a l’impression qu’il s’agit de viande ou de poisson mais nous ne comprenons pas ses explications. Comme on lui fait comprendre qu’on ne comprend rien, elle reprend tout depuis le début et en rajoute et surtout parle de plus en plus fort comme si c’était un problème d’audition ! Nous lui en achetons tout de même car ça a l’air bien bon et ça l’est effectivement. Finalement, il s’agissait bien de viande mais nous n’avons pas pu déterminer si c’était du poulet, du veau ou du porc… Jean-Pierre va à Berdiansk, à environ 150 km de là. Agréable compagnie, nous passons un bon moment ensemble. Arrêt à Berdiansk puis chacun reprend son véhicule et poursuit sa route.

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On s’arrête donc à Novoazivs’k sur un petit parking un peu à l’écart de la route pour attaquer d’un pied dispos et reposé la frontière russe. Pire que l’ukrainienne ? Est-ce possible ? Bientôt, la suite des aventures de Jean-Tin et Chan-Tin chez les soviets…

 

4 – Russie

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Mardi 8 juin

 Un peu moins de 9 heures et nous sommes à la frontière ; nous en sortirons à 11 heures (en fait midi car en Russie, il nous faut ajouter une heure).

Côté ukrainien, premier contrôle : l’assurance. Ça va, la nôtre couvre la Russie. Ensuite contrôle des passeports puis, bien sûr, cueillette des tampons sur la fiche de sortie. Mais tout va bien, un douanier nous accompagne jusqu’au bureau du truc écologie (encore !) dans le bâtiment voisin puis le douanier de ce bureau nous accompagne au bureau voisin. C’est uniquement administratif : inscription sur un grand livre du véhicule et de ses passagers et coups de tampon sur notre fiche. Enfin, enregistrement des passeports à un 3° bureau et fouille très superficielle du véhicule. L’Ukraine, c’est fait en une demi-heure environ ! Passons au côté russe.

Au premier contrôle des passeports, on nous remet la fiche d’immigration à remplir. Ensuite il faut enregistrer le véhicule. Parking et bureau pour nous, heureusement qu’il n’y a pas grand monde car une seule personne s’occupe de cet enregistrement là et il faut bien 1/4 d’heure par automobiliste. Nous attendons et voyons que tout le monde remplit des fiches. Renseignement pris, il nous faut également les remplir : si au moins quelqu’un expliquait ce qu’il faut faire ! Bien sûr, ces fiches sont en cyrillique et uniquement en russe ! Avec l’aide des 4 personnes qui attendent avec nous, un peu en anglais, un peu en français, nous parvenons à les remplir puis nous discutons. Deux d’entre elles sont allés à Paris et connaissent le Moulin Rouge, le Lido, Pigalle, les champs Elysées et Jo Dassin ! Culture, quand tu nous tiens ! Nous ne savons pas pourquoi, mais il semblerait que Jo Dassin soit très en vogue en Russie. Enfin, c’est à nous d’entrer dans le bureau : le douanier a l’air de souffrir quand il voit que nous sommes français et que nous ne parlons pas le russe. Lui parle allemand donc on arrive un peu à se comprendre puis un autre voyageur qui parlait bien anglais rentre dans le bureau et se propose de nous servir d’interprète. Finalement, le douanier nous aide très gentiment à mieux remplir les fiches puis il s’aperçoit que Jean-Jack est, comme lui, scorpion. Cela semble lui faire très plaisir et il est de plus en plus aimable ! Tout se finit en rire et par une grande poignée de main ! Dernier contrôle rapide du fourgon par un jeune douanier agréable et nous voilà sur la route de Rostov sur Don. Nous qui craignions le passage de la frontière russe, finalement ça n’a pris que 2 heures et cela s’est fait d’une manière agréable et courtoise. Nous savons, par le récit des voyageurs, qu’il n’en sera pas de même partout.

Nous avons environ 1 000 km à faire pour arriver au Kazakhstan. Pour rejoindre la ville avant la frontière, Astrakan’, nous pouvons passer par le sud à Elista ou par le nord par Volgograd. Le premier trajet est moins long mais moins rapide. Notre GPS qui couvre cette région conseille de passer par Volgograd et, en discutant au poste frontière, un voyageur nous l’a également conseillé. Donc, allons-y ! Nous voulons couvrir ces 1 000 km en moins de 3 jours de façon à ne pas être obligés de faire viser nos papiers à un bureau de l’OVIR (département des visas et de l’enregistrement).

Peu de temps après la frontière, nous subissons notre premier contrôle policier. Nous avons décidé de jouer la carte du touriste qui ne parle que français dans ces cas-là. Contrôle des papiers, visite du fourgon et nous pouvons repartir. A Rostov, nous changeons de l’argent mais ne parvenons pas à trouver une carte routière. Tant pis, pour l’instant, nous avons le GPS et les panneaux de signalisation sont nombreux et très clairs. Les 100 premiers kilomètres sont sur l’autoroute en direction de Moscou avec beaucoup de circulation dont de nombreux camions. C’est un peu mieux quand nous quittons l’autoroute. La route est droite sur des dizaines et des dizaines de kilomètres, laissant à l’écart les villages à l’habitat très dispersés (on ne voit souvent que le toit des maisons qui émerge des arbres). Des champs, le plus souvent cultivés, s’étendent de part et d’autre de la route à perte de vue.

Arrêt le soir à la limite de 2 « oblast » (régions ?), sur un terre plein en bordure de route. Comme chaque fois, ces limites sont matérialisées par 2 « monuments » » (ici, limites entre l’oblast de Rostov et celui de Volgograd).

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Mercredi 9 juin

Plusieurs véhicules se sont arrêtés près de nous pendant la nuit tandis que d’autres, en passant, donnaient de grands coups de klaxon. Nous nous sommes rendus compte que, sur cette route, plusieurs « professionnelles » officiaient dans leur véhicule. Ces chauffeurs ont dû certainement nous prendre pour quelqu’un d’autre mais personne ne nous fit des avances. La vue des moustaches de Jean-Jack devait réfréner leurs envies…

Avant d’arriver à Volgograd, nous décidons de faire le plein du réservoir d’eau. Une seule solution, sortir de cette route déserte pour atteindre un village. Là, nous demandons à plusieurs personnes mais aucune ne semble savoir où trouver un point d’eau, robinet ou pompe. Finalement, nous nous adressons à une petite épicerie. La commerçante accepte de nous dépanner et elle remplit notre arrosoir chez elle avant de nous le rendre pour le vider dans la cuve. Nous nous rendons compte alors que, dans la cour derrière sa boutique, il y a une pompe. Elle nous autorise à l’utiliser. Bien sûr, nous en profitons pour faire les courses chez elle. Un peu plus loin, nous aurons droit à notre contrôle policier quotidien. Voyant que nous sommes des touristes français, le policier n’insiste pas et nous laisse partir sans même nous demander nos papiers.

A Volgograd, nous voulons absolument trouver une librairie pour acheter une carte détaillée de la Russie (ou plusieurs cartes). Nous tournons longuement en voiture et à pied avant de trouver enfin une librairie. Il faut dire aussi que les magasins n’ont pas de grandes devantures, parfois, c’est simplement une porte dans un immeuble avec marqué le type de magasin. Difficile de savoir qui vend quoi ! Malheureusement, dans cette librairie, pas de cartes routières pas plus d’ailleurs que dans des stations service où nous avons demandés ! Tant pis, nous abandonnons et reprenons la direction d’Astrakan’. Il nous faudra faire 40 kilomètres avant de sortir de la ville immense. Heureusement, les avenues sont très larges et, malgré une grande circulation et de très nombreux feux rouges, ça ne bouchonne pas.

Notre GPS nous indique « tout droit sur 420 km » ! Et effectivement, il n’y a qu’une seule route si l’on ne compte pas les petits embranchements menant à quelques villages. Route à 2 voies en assez bon état avec une circulation de plus en plus réduite. Le paysage change aussi rapidement ; bientôt, plus de cultures mais une herbe rase souvent brûlée par le soleil, des zones aussi qui semble très marécageuses, une plaine à perte de vue. Quelques troupeaux de vaches et de moutons beiges et noirs : les bergers ont des filets sur la tête et nous comprenons bien pourquoi lorsqu’on s’arrête pour prendre du gasoil : nous sommes rapidement assaillis par des centaines de moucherons. Moins dangereux que des moustiques mais tout aussi énervants ! Du coup, nous sortons aussi nos filets de tête !

La route traverse quelques rares petits villages et, bien sûr, ce qui devait arriver avec Jean-Jack au volant est arrivé : surpris à 77 km/h au lieu des 60 règlementaires ! Tout content, le policier nous arrête et nous montre son appareil qui affiche la vitesse fatidique. Petit tour dans leur bureau avec les papiers, nous avons droit à l’habituelle litanie de tout ce qu’ils connaissent sur la France : Sarkozy, Carla Bruni, le champagne et le bourgogne, la Normandie, sans oublier Paris ! La seule chose qui les intéresse est d’avoir un petit « présent » : nous leur offrons 4 stylos publicité que nous avions et voilà, nous pouvons repartir !

Cet après-midi, la température a atteint 33°, lorsque nous nous arrêtons. Passés 20 heures, nous en sommes encore à 30. Nous prenons un petit chemin pour nous éloigner un peu de la route : très beau spectacle du soleil couchant dans les nuages que nous regarderons par la fenêtre car il y a vraiment trop de moucherons pour mettre le nez dehors. Nous ne sommes qu’à 120 km d’Astrakan’.

Jeudi 10 juin

180 km nous séparent de la frontière. Toujours cette grande ligne droite avec une chaussée en bon état, quelques villages traversés gentiment à 60 km/h (Chantal veille…). Entre temps, nous passons par Astrakan’ et subissons notre contrôle policier quotidien avant de traverser la Volga. Ce sera le seul arrêt que nous ferons dans cetteville où nous prendrons tout de même le temps de photographier quelques jolies maisons en bois et l’enseigne de Mac Do.

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Le policier consulte nos papiers très attentivement (mais on doute fort qu’il comprenne quelque chose à la carte grise), veut absolument qu’on lui ouvre les portes arrière, découvre enfin que nous ne sommes que des touristes français et nous laisse finalement partir. Après Astrakan’, le paysage est plus vert, plus marécageux aussi. De nombreux champs sont inondés (après la frontière également). Nous devons passer sur un pont flottant très branlant où la vitesse est limitée à 20 km/h : pas de risque que nous fassions davantage ! Les camions traversent sur une barge un peu plus loin.

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Nous voici enfin à la frontière. Peu de monde devant nous et la sortie de la Russie se passe en 1/2 heure, avec des gens agréables. Notre douanier affiche ses connaissances cinématographiques : Maurice Chevalier, Pierre Richard et Louis de Funès avec les « gendarmes and the UFO » ! Quelques kilomètres plus loin, voici un dernier contrôle russe et, en route pour le Kazakhstan !

 

5 – Kazakhstan

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Nous voici enfin au poste Kazakh : 5 voitures seulement sont devant nous. Il faut attendre sagement notre tour avant d’attaquer les formalités : il nous faudra seulement 1 h 30 pour en venir à bout et passer d’un bureau à l’autre pour obtenir les papiers nécessaires. Chaque fois, on nous indique bien où il faut aller, il suffit donc que ça se passe ! Au bureau principal, un douanier recopie sur une feuille, en double exemplaire les renseignements figurant sur la carte grise et sur le passeport de Jean-Jack puis il rentre ces renseignements dans un formulaire sur son ordinateur qu’il imprime en 2 exemplaires et enfin il fait une photocopie de la carte grise et du passeport. 3 opérations absolument identiques dont au moins 2 nous semblent bien superflues ! Ensuite, avec la liasse formée par ces 3 papiers, nous allons à un autre bureau où un douanier recopie la plupart de ces mêmes renseignements dans un grand cahier. Mais bon, tout ceci est fait avec le sourire… Juste à la sortie, de nombreuses babas sont là pour nous proposer de changer. Nous voilà donc avec 17 000 tenges pour 100 euros. Pour convertir, c’est presque facile, il suffira de multiplier le prix en tenge par 6 et de diviser par 1 000 (repousser la virgule de 3 rangs vers la gauche…). Par exemple, un litre de gasoil coûte 70 tenges : ça fait combien en euros ? Finalement, c’est moins cher qu’en Russie où on l’a payé entre 48 et 52 centimes d’euro le litre !

Nous retrouvons nos vaches en liberté auxquelles s’ajoutent également des chevaux et des chameaux. Les premiers villages que nous voyons ont des maisons aux murs de terre. Les premiers cimetières nous surprennent par la forme de leurs tombeaux.

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La chaleur est étouffante, nous atteindrons 42° dans l’après-midi (à 19 heures, lorsque nous nous arrêterons, il fera encore 35°). Heureusement, la nuit est presque fraîche ! Passés les champs inondés de la frontière nous avons des paysages arides à perte de vue, pas de relief et pratiquement pas d’arbres. La route est droite mais la chaussée est très médiocre avec de nombreux trous et ornières. Quelques rares panneaux pour indiquer les villages environnantes et un seul panneau de signalisation pour indiquer des dos d’âne sur 30 kilomètres : ça faisait déjà presque 100 kilomètres que nous les subissions ! Nous voudrions bien nous arrêter un peu mais où ? Comment trouver un peu d’ombre et de fraîcheur quelque part ? Au premier hôtel venu, à 50 km de la frontière environ, nous demandons la permission de rester sur leur parking pour la nuit. Pas le moindre petit mot d’anglais à se mettre dans l’oreille ! Personne ne semble nous comprendre. A la ville suivante, Genyushkino, nous faisons la même demande auprès de 3 stations service avec dessins à l’appui. Peine perdu, on ne nous comprend toujours pas. Nous faisons 50 km supplémentaire et nous arrêtons entre un chameau et un champ pétrolifère, devant un café désaffecté pour profiter de son ombre protectrice. Les moucherons ne semblent pas avoir passé la frontière, tant mieux ! Vers minuit, 3 voitures viendront devant nous et klaxonneront quelques secondes avant de disparaitre. Sinon, nuit calme avec peu de circulation sur la route voisine.

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Vendredi 11 juin

Nous terminons aujourd’hui notre 3° mois de voyage. Tout va bien, à part peut-être la porte latérale du fourgon qui est parfois difficile à ouvrir et qui fait beaucoup de bruit en roulant, le frigo qui ne supporte pas la température (en fait, c’est la batterie qui malgré le panneau solaire a bien du mal à charger suffisamment) et le niveau d’huile qu’il faut continuer à surveiller.

Route, route jusqu’à Atyraou dans un premier temps. Grande ville de 150 00 habitants, très étendue, avec un contraste saisissant entre la « vieille » ville aux maisons entourées de jardinets et de cours, aux clôtures en bois, en fer rouillé souvent, aux rues non pavées, non goudronnées et la ville nouvelle aux grands immeubles, aux supermarchés, aux grandes avenues macadamisées. Le nouveau centre ville est immense, une place avec au centre un gigantesque monument, des pavés, des fleurs, des arbustes qui essaient de pousser et un soleil écrasant tout, une chaleur amplifiée par le revêtement du sol, des fontaines qui semblent ne plus avoir reçu d’eau depuis bien longtemps. Tout autour, des immeubles de 5 à 10 étages et une bonne dizaine de banques sans oublier la mosquée bleutée flambant neuve et, un peu plus loin, l’église orthodoxe aux coupoles dorées.

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Nous faisons le tour de la place, changeons encore un peu d’argent et allons faire quelques courses. Enfin, dans un immeuble-galerie marchande nous trouvons une petite librairie qui possède une unique carte du Kazakhstan, petit atlas avec les routes indiquées. Pas terrible mais on ne trouve rien de mieux. En repartant vers Dossor, nous traversons le fleuve Oural qui fait le partage entre l’Europe et l’Asie. Ça y est, nous voici de retour en Asie et, plus particulièrement, ce qu’on appelle communément l’Asie Centrale. Le paysage est de plus en plus désertique, il y a de moins en moins de troupeaux (vaches, chèvres et moutons, chevaux, chameaux) mais tous sont en liberté et traversent la route quand bon leur semble. Nous retrouvons, dans les villes et villages, des femmes enfoulardées et même envoilées. Il fait toujours très chaud mais nous n’atteindrons pas les 40° aujourd’hui et nous contenterons de 39 !

Nous nous arrêtons à Dossor dans une ruelle, à l’ombre d’une maison. Quelques jeunes enfants viennent quémander des « tenges », ils sont un peu envahissants, ouvrent la portière, commencent à monter dans le fourgon. Nous leur faisons gentiment comprendre que chacun chez soi et les chameaux kazakhs seront bien gardés !

Samedi 12 juin

Après plusieurs demandes, nous trouvons enfin la « maison de l’eau » de Dossor : un petit bâtiment bleu et blanc où on trouve de l’eau potable. (Pour de futurs voyageurs, prendre en sortant de Dossor la route à droite vers Aktau puis la 1° à droite. La maison de l’eau est à moins de 500 m, à droite. GPS : N 47° 31′ 14″ E 52° 58′ 31″). Nous prenons ensuite la route vers Dossor qui passe par Kulsari. Excellente route, les villes sont bien indiquées quoiqu’il n’y ait pas trop de risques de se tromper, c’est tout droit, toujours tout droit !

Bien souvent, les seuls signes de présence humaine sont les très nombreux pylônes, poteaux électriques et cimetières posés au milieu de rien. Rien d’autre au milieu de ce semi-désert plat. Après Kulsari, la végétation devient plus rare et même, par endroits, disparait complètement. De part et d’autre de la route nous voyons des restes de petits lacs salés : plus d’eau, seulement un peu de sel au fond. Il fait très chaud, 33 à 35 ° dans l’après-midi et il y a des mirages de chaleur : la route semble mouillée, les phares des voitures s’y reflètent. Les troupeaux de chameaux sont nombreux et, bien sûr, il faut faire attention car ils traversent la route sans regarder…

Arrivés à Dossor, nous trouvons à côté de la gare un petit parking fermé et ombragé (c’est vraiment très rare dans cette partie du Kazakhstan que nous venons de traverser de trouver de l’ombre ! ). Super, en plus, il n’y a pratiquement personne. Nous nous installons et peu de temps après, nous voyons arriver des personnes lourdement chargées qui déballent leurs affaires sur le petit muret près de la voie et le long du quai. Puis une voiture arrive et déballe tout un attirail de barbecue, avec table et chaises. Bien vite, le parking est envahi et il y a une bonne trentaine de marchands installés souvent à même le sol sur le quai. Ils vendent de tout, boissons, cuisses de poulets rôties, raviolis, salades diverses, galettes, papier hygiénique, allumettes, … et bien sûr, le barbecue était pour les brochettes. Notre repas du soir est tout trouvé ! Deux trains de voyageurs arrivent, beaucoup de monde en descend ou y monte. Peu à peu, entre 10 h et 11 h, les marchands abandonnent le quai mais l’agitation continue sur le parking, des voitures arrivent sans cesse et repartent, conversations bruyantes, musique… A partir de 3 heures, ce sont de nouveaux marchands qui s’installent : beaucoup de bonbons, des conserves, des savons et encore un peu d’alimentation. A 6 heures, avant d’être complètement bloqués par les voitures, nous allons nous installer sur le grand parking encore désert devant la gare. Bien que le parking soit grand et qu’il n’y ait que peu de monde, les nouveaux arrivants se garent devant nous, ça n’a pas l’air de les gêner ! Arriverons-nous à sortir de l’enfer automobilistique de Dossor ?

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Dimanche 13 juin

Le bazar est à côté de la gare, juste la route à traverser. Nous flânons un instant dans les allées parmi les nombreux étals de marchands de vêtements, de chaussures et des primeurs. Nous en profitons pour acheter quelques fruits et légumes avant de reprendre la route vers la frontière. Après avoir demandé plusieurs fois, nous trouvons enfin l’embranchement pour l’Ouzbékistan. En fait, il se trouve avant d’arriver en ville, il faut franchir la voie ferrée et là, pendant 5 kilomètres environ, c’est l’enfer : une route vraiment défoncée ! Il vaut mieux d’ailleurs utiliser la piste de terre et de sable qui la double tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Suivent ensuite 5 nouveaux kilomètres de bonne route puis 80 de piste avec énormément de « tôles ondulées ». Et la poussière ! Une horreur, elle s’infiltre partout, y compris dans les meubles ! Il nous faudra 2 heures 1/4 pour parcourir ces 90 km mais enfin, nous voilà à la frontière vers 13 h 15. Manque de pot, c’est fermé entre midi et 2 ! Le douanier veut bien nous ouvrir la barrière moyennant finances. Nous refusons, il n’insiste pas et nous laisse néanmoins passer. Cela nous permet au moins d’aller nous mettre à l’ombre car de toute façon, les bureaux n’ouvrent qu’à 14 heures. De nouveaux bâtiments sont en construction mais on a l’impression que ça fait déjà quelques temps que ça dure et que ce n’est pas prêt de finir. Cette zone frontière est dans un état catastrophique, plus de route, des ordures partout, des tranchées à droite et à gauche… Bien sûr, la porte du bureau ne s’ouvrira qu’à 14 h 30 ! En moins de 20 minutes, nous sortons du Kazakhstan. Côté ouzbèke, les mêmes papiers à remplir en 2 exemplaires, le même douanier qui recopie tous ces renseignements sur un autre formulaire puis dans un cahier, les mêmes formalités à croire que l’indépendance s’est arrêtée à la porte des postes de douanes ! Mais tout cela est fait assez rapidement, dans la bonne humeur. Pas de « fouille » du véhicule, des visages qui s’éclairent lorsqu’on dit qu’on est français, et toujours « ah ! Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac »… Les premiers contacts avec les ouzbèkes, à la frontière, est très chaleureux. A 16 heures, nous sommes sur la route de Khiva, Samarkand, Tachkent… Nous allons enfin arrêter d’avaler les kilomètres et voir autre chose que de grandes étendues désertiques brulées par le soleil ! Oui, enfin, bientôt, car pour l’instant, il nous faut faire encore 250 kilomètres environ avant d’arriver au premier village ouzbèke et c’est le même paysage de désert à perte de vue avec en plus, parfois, des barrières au milieu de la route : ce sont des postes contrôles de la police. On s’arrête mais on ne voit personne, les policiers sont dans leur maisonnette. Un civil (le factotum de service ?) vient ouvrir et nous invite à passer alors que d’autres véhicules sont garées au bord de la route et attendent on ne sait trop quoi… Vers 20 heures, nous apercevons une maison en terre abandonnée au bord de la route : nous nous y arrêtons pour la nuit, profitant de son ombre protectrice. Heureusement, la nuit est presque fraîche, seulement 16° vers 6 heures du matin.

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